Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Un an sans dépression

Publié le par Opale

1 an . 

Voilà 1 an que je suis de retour dans le monde des vivants.

C'est aussi joyeux et formidable qu'irréel et violent .

Pour ceux qui ne suivent pas particulièrement ce blog ou mon vécu , en très gros résumé : enchaînement de traumatismes entre double deuil , maltraitance notamment via inceste etc...

En 2005 on m'a officiellement diagnostiqué une dépression (mais elle était sûrement déjà là bien avant ) , deux ans après que j'ai révélé l'inceste. J'avais et j'ai toujours une bonne psychologue mais niveau psychiatrie...

Pendant 15 ans j'ai essayé 7 anti-dépresseurs sans le moindre effet , vu des psychiatres en libéral jamais plus de 10 mn , en hospitalisations en clinique psychiatrique jamais plus de 5 mn , jamais d'écoute , à peine le mot traumatisme évoqué...

Mars 2015 date du procès qui finalement sera reporté à juin 2015.

1 an après, en mars 2016 , et je ne pense pas que ce soit le hasard , les épisodes dépressifs se sont aggravés de plus en plus, toujours plus d'arrêts de travail; toujours plus d'enfermement, de problèmes d'hygiène et de vie quotidienne en général . Mon état est devenu si alarmant que je me suis retrouvée en janvier 2018 à faire de la sismothérapie (les électrochocs modernes en résumé , en théorie très efficaces ) . Avec mon accord je le précise car on ne m'avait pas dit que rarement mais cela arrive , cela peut aggraver la situation et , pas de chance c'est arrivé.

Non seulement je garde un traumatisme de ces séances mais surtout une fois sortie mon état qui était déjà inquiétant est devenu dramatique et quelques mois après, en septembre 2018 je me voyais contrainte de me réfugier chez ma mère . Je pensais que cela durerait 2 ou 3 mois , je suis restée 20 mois avec 2 ou 3 essais de retours tous soldés par des mises en danger, des alcoolisations matinales pour remplacer les anxiolytiques,  l'absence d'hygiène, de repas etc....Le dernier essai en novembre 2019 est gravé au fer rouge, j'ai atteint mes limites en souffrance psychique je recherchais les doses létales sur le net, puis j'ai pris des renseignements sérieux sur l'euthanasie en Belgique . 

J'ai rappelé ma mère en urgence avant de risquer réellement le passage à l'acte et parce que je préférais me tuer que d'aller en hôpital psychiatrique . De là il était prévu une hospitalisation en janvier 2020 mais sur place j'ai renoncé et fait demi-tour.

Est-ce que ça a été le déclic ? (je n'avais plus d'anti-dépresseurs depuis un bon moment ) , une sorte de maintenant c'est la vie ou la mort ? Est-ce que c'est d'oser à nouveau aborder les abus avec ma psy là où je n'osais plus voyant ça comme un recul , je ne sais pas mais toujours est-il que peu à peu , micro pas par micro pas j'ai pu chez ma mère faire un repas , ou sortir 30 minutes car avant cela je ne faisais plus RIEN , j'étais aussi morte psychiquement que physiquement , vraiment. 

Ces premiers progrès ont eu lieu mi février 2020 sauf que très vite...1er confinement ! Adieu mes essais de sortie dans un parc trop loin pour le kilomètre et l'heure autorisée, adieu les envies débutantes de sortie en ville, adieu les rendez-vous avec ma psychologue dans ma ville de résidence où j'avais gardé mon appartement . 

Il a fallu s'accrocher, ma psychologue malgré la masse de travail à l'hôpital a été plus présente, chaque semaine au téléphone, m'encourageant à sortir marcher chaque jour, à continuer de cuisiner...

Et de loin en loin nous sommes arrivés début mai 2020 , moins d'idées noires et plus apaisée depuis qu'un psychiatre inconnu qui allait devenir le 1er psychiatre de ma vie à écouter et prendre 30 mn par patient m'a repassée sous xanax . J'ai alors songé qu'avec mon invalidité qui allait être actée je ne pourrai pas garder un loyer aussi cher surtout en ne l'habitant pas .

J'ai donné mon préavis, pensant donc chercher mais sans imaginer revivre seule de suite ou en tout cas en être capable sans surdose et mise en danger . Pendant 1 semaine avec ma mère nous sommes allées trier mon appartement et là c'était LE moment , celui attendu et recherché mais il s'est présenté tout seul, j'ai senti au bout de deux jours que c'est bon je pouvais rester chez moi en attendant de retrouver un appartement, que je ne me mettrais pas en danger . Je l'ai annoncé à ma mère qui est restée continuer le tri avec moi et est partie en fin de semaine le vendredi 22 mai 2020 au soir (oui c'est gravé ) .

Aujourd'hui donc , 23 mai 2021 c'est ma "première bougie" de cette année de nouveau totalement autonome , de ma première journée entièrement seule .

Une année mouvementée car sortir de dépression en plein Covid n'est pas exactement le timing idéal .

J'ai trouvé un nouvel appartement j'ai dû après 2 ans d'inertie totale physique gérer un déménagement entre deux appartements chacun au 3ème étage sans ascenseur, continuer le tri de mon F3 qui évidemment avait pris cher avec la dépression et trier, jeter, donner, afin d'entrer dans un studio de 30m² en plein centre-ville où je suis désormais très bien .

Mes 5 premiers mois de "liberté" étaient quasi idylliques, je m'émerveillais de me réveiller sans angoisses invalidantes ni envie de mourir , de tout faire sans efforts , mes courses mes repas mon ménage . Je me souviens mon premier jour ce fameux 23 mai 2020 avoir nettoyé ma machine à laver et en avoir été quasi euphorique moi incapable de rien même me laver ou me chercher un verre d'eau pendant tant de temps .

J'ai profité , j'ai refait mon premier pique-nique, mes premières terrasses  , je me suis offert une semaine à la mer en août , tout était si irréel et merveilleux, je craignais la rechute tout était trop beau .

Et puis...ce qui a chuté n'était pas réellement moi mais les conditions de vie . Octobre je venais tout juste de démarrer un atelier théâtre quand on a sérieusement commencé à parler reconfinement et le couperet a fini par tomber , impitoyable . Sous mes yeux s'envolait tout ce que je commençais à peine à redécouvrir : les terrasses , les parcs puis les chocolats chauds dans un petit bar , le théâtre , tout . Je l'ai vécu comme une injustice même si bien évidemment nous étions tous concernés, mais enfin je venais de passer deux ans privée de ma vie par un épisode dépressif gravissime et cette fois quand j'avais envie de vivre c'est ce foutu virus qui s'y mettait .

Puis plus violent encore un autre couperet allait tomber . Mon amie mon essentielle depuis 15 ans  , ma "tata de coeur" et de choeur puisque nous nous étions connues à la chorale, rechutait dans son cancer, hospitalisation mi novembre, visites interdites pour cause toujours de COVID très présent dans ma région (Picardie ) . Alors messenger et mes gifs idiots qui la faisaient rire , le téléphone et puis ce jour de fin décembre "j'arrête les soins , il n'y a plus rien à faire j'ai pris ma décision " .  Accepter, accompagner, rester digne face à sa sérénité et son humour comme elle l'a été jusqu'au bout . Et enfin les soins palliatifs qui eux autorisaient les visites .

Le 19 février ma Françoise qui parlait de ma "renaissance" elle qui me connaissait par coeur , s'est éteinte à quasi 73 ans , lucide jusqu'à la veille...inutile de revenir sur ma peine, Françoise c'est plus que ma famille .

Alors ne plus arriver à bouger pendant quelques jours et craindre la rechute encore plus mais être rassurée par psychiatre et psychologue sur le côté normal de la chose .

1 semaine après ses obsèques, apprendre le cancer d'une autre amie très proche qui si elle me lit sait tout l'amour que je lui porte  .

Tempête sur tempête mais tenir...

Et bien sûr les traumas , eux pendant les 2 ans de "mort" étaient silencieux tant tout était en sommeil et ils se sont donc réveillés quand la dépression est passée, quand l'envie de mourir surtout est passée . Depuis il y a beaucoup beaucoup de travail avec ma psychologue, notamment sur le deuil de mon père, mort à mes 7 ans et demi et que je n'avais ni fait ni ressenti, comme le raconte Anny Duperey dans le Voile noir . La mort de mon amie a tout fait exploser et pour la première fois récemment j'ai pu dire à ma psy  en pleurant " je veux le voir " .

Alors j'y tiens au fait que mon psychiatre dise qu'il n'y a pas de rechute dépressive malgré ces hauts et ces bas parfois très bas , ces angoisses existentiels sur la mort et la maladie, les traumas ....

Je tente depuis le début de me donner une routine, de sommeil, de temps sur internet (c'est encore trop mais ça progresse ) , de repas , les piliers non négociables . Puis profiter de ce qui restait  à faire c'est à dire en gros encore tout récemment : se promener, cuisiner , photographier de jolies fleurs, de petits endroits de ma ville , marcher avec quelques choristes , recevoir une amie pour un "café masqué  aéré " .

Depuis 4 jours nous reprenons un semblant de vie normale et donc ce 23 mai 2021 c'est resto en terrasse entre moi et moi pour fêter cette année sans rechute et surtout chez moi, car vivre chez ma mère n'était pas simple , pleine de bonne volonté mais sans aucune psychologie et bien impuissante et c'est normal face à sa fille lui parlant euthanasie alors qu'elle a déjà perdu un fils , mon grand frère , trois mois avant la mort de mon père .

Nous reprenons l'atelier théâtre aussi avec foultitudes de précautions mais quel bonheur .

Voilà cette année passée , et si en début de texte je dis que c'est aussi joyeux que violent c'est parce qu'il est encore gravé en moi que j'ai réellement pensé mourir, ne jamais revivre , je ne voulais qu'en finir H24 . Il faudra du temps pour cicatriser cela aussi .

Cet article n'est qu'un témoignage, il n'a pas vocation à vous dire "si j'ai pu vous pouvez aussi " car c'est le genre de phrases que j'ai toujours  trouvées insupportables et que je trouve encore insupportables quand on va mal ou très mal . Je suis étrangère à la notion d'espoir, cet article n'est donc que les traces de cette année et de la joie malgré tout d'être revenue à la vie .

Je suis toujours "en rééducation" comme après un coma de deux sauf que celui ci était psychique, mais quasi physique aussi au vu de mon inertie totale de l'époque .

A ce propos, chacun devrait lire ceci pour comprendre la fatigabilité chez les malades notamment chroniques https://www.bloghoptoys.fr/theorie-des-cuilleres-comprendre-la-fatigabilite .

Concernés par la dépression : tout mon soutien

Non concernés : renseignez-vous pour éviter de nous blesser encore plus ...

PS 1 : Je suis en rémission , pas guérie

PS 2 : Précision, dans l'article j'évoque que mon état a été aggravé par la sismothérapie, ce n'est pas un message anti-sismo . Si vous envisagez d'en faire , faites avec les renseignements , vos soignants etc . Mon parcours est unique comme tout parcours .

Partager cet article
Repost0

Il y a 10 ans , ma plainte .

Publié le par Opale

En plein #MeTooInceste , demain cela fera 10 ans que j'ai porté plainte contre mon beau-père qui a abusé de moi de mes 12 à 18 ans .

La procédure a duré 4 ans et 1/2 et a abouti aux Assises.

Je voulais faire un article plus précis, ou un thread sur Twitter mais je n'ai pas l'énergie , ni l'envie je crois . Je rassemble donc les articles concernant la procédure (il n'y a pas les expertises psys ni tout d'ailleurs ) , lise qui pourra et voudra . Le reste du blog est plus axé sur mes émotions en lien ou non avec la plainte .

Je partage cela en espérant qu'un jour cessent les injonctions à porter plainte . Même si ce parcours était probablement nécessaire psychologiquement (mais une procédure n'est PAS une thérapie, ne confondez pas, cela réveille juste des choses à travailler ) , je pense que si c'était à refaire je ne le referais pas .

Jamais je ne découragerai quelqu'un qui veut porter plainte et jamais je n'insisterai auprès de quelqu'un qui à l'inverse ne le souhaite pas, provisoirement ou définitivement . 

C'est un choix extrêmement personnel une plainte et un parcours du combattant qui hélas dans 70% des cas n'aboutit pas . Lorsque cela se passe bien cela reste malgré tout à mon sens très violent à vivre .

Si vous lisez ces articles n'oubliez pas que chaque parcours est unique . Je ne voulais pas de procès et j'ai très mal réagi quand ça a été poursuivi ; je voulais juste une confrontation , convaincue que ce serait classé . Je ne ressentais pas le besoin d'être crue car je l'étais par sos inceste , par ma famille et mes amis .

Je ne pense pas que les personnes repues de leur "il faut porter plainte " imaginent ce que c'est . Je donne souvent cet exemple "imaginez avoir eu une relation sexuelle consentie avec votre partenaire et devoir demain en donner absolument tous les détails à un parfait inconnu " 

C'est encore évidemment à des années lumière de ce que l'on vit quand on dépose plainte mais peut-être que cela peut faire réfléchir les plus ouverts .

Quant aux étapes lorsque cela est poursuivi , me concernant :

- dépôt de plainte

- 16 mois de silence radio

- 2 confrontations dont la 1ère où j'ai été appelée 3h avant , brisant ces 16 mois de néant

- 2 expertises psys : psychiatre et psychologue

- une audition chez la juge 

- Le procès , presque "les " puisque le report a eu lieu alors qu'on y était .

On nous incite à porter plainte puis on nous prédit la libération et enfin quand le procès arrive on nous dit que ça y est tout va être terminé . Je cite ma psy " s'ils pensent que c'est il y eut un procès et elle alla mieux ils n'y connaissent vraiment rien " . C'est ainsi que j'ai culpabilisé immensément quand après le procès je n'allais pas mieux, et que lentement j'ai sombré de plus en plus pendant 4/5 ans , jusqu'à enfin sortir de dépression (mais pas du trauma ) en mai 2020 .

Je souhaite aux victimes de suivre leur chemin unique et de porter plainte si c'est leur besoin et leur souhait, y compris si c'est prescrit et que ça sera donc forcément classé, certaines le font symboliquement ce n'est pas interdit . Rapprochez vous de l'antenne France victimes de votre département https://france-victimes.fr/index.php/component/association

Si vous ne voulez/pouvez pas porter plainte vous n'êtes pas une victime moins courageuse  que moi ou que d'autres  et vous ne mettez pas de potentielles victimes en danger, c'est votre agresseur qui le fait . 

Pour ma part je poursuis la thérapie , je ne suis pas fière de mon parcours au bout de 10 ans loin de là , mais c'est le mien . Suivez le vôtre . 

Le besoin d'une confrontation s'installe http://opale-porterplainteetapres.over-blog.com/article-avant-85337709.html

Prendre rdv http://opale-porterplainteetapres.over-blog.com/article-prendre-rdv-ou-le-parcours-du-combattant-85343618.html

Le jour J http://opale-porterplainteetapres.over-blog.com/article-le-jour-j-85380796.html

Attendre http://opale-porterplainteetapres.over-blog.com/article-l-attente-85716550.html

Vivre après http://opale-porterplainteetapres.over-blog.com/article-vivre-apres-91018481.html

Qui est Taré 1er ? http://opale-porterplainteetapres.over-blog.com/article-lui-100512866.html

1ere confrontation http://opale-porterplainteetapres.over-blog.com/article-confrontation-106069002.html

Rdv avocate http://opale-porterplainteetapres.over-blog.com/article-rdv-avocate-110084775.html

Colère ( je vous rassure tout s'est beaucoup mieux passé entre elle et moi ensuite ) http://opale-porterplainteetapres.over-blog.com/article-capable-110629915.html

2ème confrontation http://opale-porterplainteetapres.over-blog.com/article-deuxieme-confrontation-115395552.html

Comment ma mère l'a su http://opale-porterplainteetapres.over-blog.com/article-l-annonce-119664646.html

Vers les Assises http://opale-porterplainteetapres.over-blog.com/article-tu-iras-aux-assises-121136395.html

Regretter la plainte http://opale-porterplainteetapres.over-blog.com/2014/02/retour-en-arri%C3%A8re.html

1ere date de procès mais... http://opale-porterplainteetapres.over-blog.com/2015/04/tribunal-j1.html

Cauchemar éveillée http://opale-porterplainteetapres.over-blog.com/2015/04/tribunal-j2.html

Le procès partie 1 http://opale-porterplainteetapres.over-blog.com/2016/08/et-le-proces-eut-lieu-partie-1.html

Le procès partie 2 http://opale-porterplainteetapres.over-blog.com/2016/08/et-le-proces-eut-lieu-partie-2.html

Le procès partie 3 ( regret éternel d'avoir été là à ce moment ) http://opale-porterplainteetapres.over-blog.com/2016/08/et-le-proces-eut-lieu-partie-3.html

Le procès partie 4 http://opale-porterplainteetapres.over-blog.com/2016/09/et-le-proces-eut-lieu-pause-pizza.html

Je passe à la barre http://opale-porterplainteetapres.over-blog.com/2016/10/Monaudition

Il passe à la barre http://opale-porterplainteetapres.over-blog.com/2017/02/et-le-proces-eut-lieu.c-est-son-tour.html

Plaidoiries http://opale-porterplainteetapres.over-blog.com/2017/06/et-le-proces-eut-lieu.plaidoiries.html

Un procès et après ? http://opale-porterplainteetapres.over-blog.com/2015/09/un-proces-et-apres.html

4 ans après le procès , sombrer lentement http://opale-porterplainteetapres.over-blog.com/2019/08/mauvaises-nouvelles.html

 

 

Partager cet article
Repost0

Et vous ça va ? ( Bonnes nouvelles inside )

Publié le par Opale

Une semaine . Une semaine aujourd’hui que je vis à nouveau seule chez moi .

Depuis septembre 2018 , j’avais été contrainte de me réfugier chez ma mère , n’étant plus du tout en capacité de vivre seule , de gérer mon quotidien , de ne pas faire de surdose de médicaments ou d’alcool .

2018 est une année de flou . Sur les 3 premiers mois il y a eu mon hospitalisation pour des séances de sismothérapie car j’allais déjà très mal . 15 séances plus tard je suis sortie ...encore plus mal qu’avant .

Je ne pensais pas pouvoir chuter encore plus bas mais si , et en mai 2018 ma psychologue souhaitait déjà que je retourne en clinique. Je ne l’ai pas fait et en septembre donc nous avons parlé d’aller chez ma mère " quelques temps" , le temps de retrouver une autonomie dans les gestes du quotidien car manger , se laver , sortir , plus rien n’existait .

J’étais à terre , couchée toute la journée ou presque . Des angoisses immenses , l’envie de mourir pour que cela cesse enfin . Je n’arrivais même plus à envisager de faire l’aller retour jusque ma ville de résidence pour voir ma psychologue. 
Pendant quasi un an j’ai annulé les rdv , j’en reprenais un puis annulais à nouveau .

Ma psychologue aurait pu comme le CMP l’a fait quelques temps avant pour les mêmes raisons , me sortir de sa patientèle mais elle m’a laissé la chance de revenir .

Des essais de retour à mon domicile ont été fait en vain , échec à chaque fois , je ne sortais pas de mon lit ou juste pour prendre des cachets . Le temps a passé j’ai repris le chemin de la thérapie vers septembre 2019 et en novembre j’ai tenté de rentrer chez moi . 
Ça a été une catastrophe, un enfer , je n’avais jamais atteint un tel niveau de souffrance. Je n’avais plus que  des anxiolytiques très légers , ça ne suffisait pas à s’anesthésier . Alors j’ai pris de l’alcool. Dès 8h du matin , pas par goût , juste comme on prendrait des médicaments. 
J’ai regardé sur Google les doses létales des médicaments qui me restaient . Je voulais que ça s’arrête. 
A bout de souffrance j’ai failli appeler le 15 mais j’étais terrifiée à l’idée de me retrouver en HP . J’ai fini par appeler ma mère qui est venue me chercher . Elle est très rarement aidante psychologiquement, c’est même souvent l’inverse mais heureusement qu’elle a été là matériellement.

Une demande d’hospitalisation en clinique a été faite mais en janvier , à la date prévue , j’ai paniqué , dissocié et renoncé à rester alors que j’étais dans les locaux.

Aujourd’hui je ne regrette pas ce choix . 
1 mois après j’ai pu très très doucement faire des efforts qui jusque là m’étaient inaccessibles. Avoir plus d’hygiène, aller marcher un peu dans un parc , faire quelques recettes , me remettre à lire . C’était extrêmement fragile mais je me donnais quelques objectifs, je voulais rentrer chez moi à la mi-avril 2020 et il fallait pour cela être capable d’agir .

Je commençais à envisager d’aller faire un tour en ville ou même à la mer quand ...nous avons tous été confinés . Mes maigres objectifs m’échappaient, je craignais de perdre le fruit de mes premiers efforts .

Ma psychologue que désormais je n’avais plus qu’au téléphone à cause de ce maudit virus , m’a aidée à ne pas lâcher , m’a encouragée à maintenir les bases , à continuer de faire à manger , m’a dit de m’acheter de quoi m’occuper ( livres , coloriages ) et m’a incitée à sortir chaque jour lors de l’heure quotidienne autorisée.

Nous avons été déconfinés et je poursuivais mes efforts tant bien que mal mais ne faisais pas grand chose d’autre que faire les repas . 
J’ai pris la décision de donner mon préavis pour déménager , toujours dans ma ville de domicile mais dans un studio car mes revenus ( AAH ) ne permettent plus de payer un loyer conséquent . 
Ce mois-ci avec ma mère nous sommes venues chez moi pour trier pendant une semaine . Et là , le déclic . Alors que  je pensais repartir avec elle , j’ai senti que j’étais capable de rester , mais de rester sans risquer de reprendre de l’alcool ( je n’ai pas d’addiction) ou trop de médicaments. 
 

Une semaine donc que je vis à nouveau seule et comme j’ai dit à ma psychologue, je cherche la caméra cachée . Pourquoi ? Car tout se passe mieux que je n’aurais pu l’imaginer.

Du jour au lendemain je suis passée de faire quelques repas chez ma mère et me lever vers 9h , à pouvoir TOUT FAIRE chez moi et me lever à 6h30 .

J’ai le sentiment de sortir de deux ans d’un long coma et d’avoir frôlé la mort . Chaque jour depuis samedi dernier je m’émerveille car tout me semble nouveau , mon " premier" repas cuisiné chez moi , ma " première " sortie en ville , même mon " premier " nettoyage de machine à laver je l’ai apprécié !

Je ne me reconnais pas , je me couche en ayant hâte d’être au lendemain, je me lève tôt pour profiter de ma journée . J’ai retrouvé un quotidien normal ( sauf le fait que je ne travaille pas je suis en invalidité mais j’ai le droit de travailler plus tard ) , les repas , l’hygiène, le ménage , les sorties en ville pour une course , tout cela est redevenu accessible comme par magie ( puisque je n’ai pas de traitement en dehors d’un anxiolytique) . 
J’ai pleuré d’émotion un matin tant c’est merveilleux de se réveiller sans aucune envie de mourir . Je me dis que ce doit être sacrément chouette la vie des gens qui n’ont pas de " gros " problèmes et se réveillent chaque jour sans songer à mourir . 
J’ai en plus depuis le confinement un nouveau psychiatre, le premier de ma vie qui écoute réellement et prend 30 mn par Rdv au lieu de maximum 15 mn sans écoute.

J’attends une réponse pour un logement. J’en ai vu un et j’aimerais l’avoir. Pour la première fois depuis une éternité je suis capable de me projeter . Je me sens rassurée pour l’avenir , même si je le serai vraiment quand j’aurai un logement avant la fin de mon préavis .

Le tri nécessaire pour passer de 60m2 à 30m2 me fait du bien et je vais vers un nouveau départ même si je suis consciente que les traumas eux sont encore là et à travailler, mais respirer sans avoir envie de mourir je ne pensais pas vivre ça . 
Avec l’agence immobilière qui me fait tourner en bourrique j’ai eu un coup de mou et forcément la peur de rechuter mais je me sens mieux outillée . J’avais je crois déjà en tête les outils qui pour moi sont 4 piliers de base : maintenir l’hygiène , un sommeil correct , manger régulièrement et m’aérer . Mais je n’avais pas encore accepté que je suis malade et que peut-être la dépression chronique ce sera à vie.

Désormais je l’ai accepté et quand je dois impérativement me coucher au plus tard à 23h , je trouve ça pénible mais ce n’est pas la fin du monde , pas plus que pour un diabétique et sa piqûre quotidienne . Si se coucher à 23h permet moins de risques de rechute , allons-y . 
 

Voilà , ça fait une semaine. Je maudis le COVID qui m’empêche encore de faire ce que je voudrais alors que je n’étais plus capable de le faire mais j’ai hâte de boire un verre en terrasse, d’aller à la mer ...Alors en attendant j’apprécie le reste , tout ce dont j’ai été privée pendant 2 ans . Y compris faire une lessive ou aller à la pharmacie sans que cela demande un effort surhumain.

Si vous me lisez et êtes concernés, peut-être qu’une vilaine voix vous dit " elle y arrive et pas moi" ou " moi ça ne m’arrivera jamais " . Je le sais je la porte en moi cette voix . 
Rien n’est acquis pour moi , rien du tout même si j’espère que ça va durer . Vous pouvez aller mieux , je ne sais ni quand ni comment ni pour combien de temps , mais je suis sûre qu’à l’instant T vous faites ce que vous pouvez . Et si par exemple aujourd’hui vous prenez une douche , ou que vous lisez 5 minutes , ou que vous lavez une tasse ou deux sur l’immense pile de vaisselle chez vous , alors bravo . Et si vous ne le faites pas , ce n’est pas un échec . 
Cela ne fait qu’une semaine que ça va bien , mais si c’est encore le cas dans 2 ans , je ne serai pas pour autant un exemple. C’est vous votre exemple . 

Update : réponse positive pour le studio , je signe le 9 juin !! 

 

Partager cet article
Repost0

Souhaits éternels ( janvier 2020 )

Publié le par Opale

Ne me la souhaitez
ni douce ni légère
Ne me la souhaitez
ni pleine ni entière
D'années en années
Les souhaits sont sincères
Ne me la souhaitez
pas même en Enfer
C'est un jour de plus
Juste un simple jour
Assez des bilans
Assez des concours
J'ai fait tout comme vous
Juste comme j'ai pu
J'aurais pu faire mieux 
Mais je n'ai pas su
Ne me la souhaitez
ni bonne ni heureuse
Ne me la souhaitez
pas aventureuse
D'années en années
Eclatent les repères
Ne me la souhaitez
ni douce ni légère
Les belle conventions
Disent qu'il faut le faire
Mais à ma façon 
Et à ma manière
Je vous souhaite juste
De nouveaux repères
Ne me la souhaitez
pas pleine d'envie
Ma lampe m'éclaire
Mais manque de génie .

Partager cet article
Repost0

Novembre 2019

Publié le par Opale

On te l'a dit c'est du passé 
Ca a dû te rendre plus forte
Puis bon d'accord il t'a violée 
Mais regarde tu n'en es pas morte .
Regarde la vie comme c'est beau 
Y a des coccinelles des oiseaux
Il est bien temps de "résilier"
Ton forfait victime périmé . 
Nan mais j'te jure j'ai entendu
C'était l'enfer cette vie-là
Un moitié d'fou , pas un papa
Bon dis tu veux pas un coca ?
Si si j'ai vu t'as sursauté 
Ca va ça arrive à tout le monde 
Juste pour un homme qui a crié 
Ça doit être ton côté blonde ...
Allez maintenant sois positive
Il est passé par la prison 
J'ai entendu dire comme ils disent 
C'est bon pour ta réparation 
Comment ça c'est toi en cellule 
C'est toi qui prends perpétuité ?
Allez arrête t'es ridicule
Tu peux quand même pas comparer 
Bon oui d'accord j'ai écouté 
C'est pour toi je fais un effort 
Ben cet homme là juste au JT
Il avait pas complètement tort
Il a même écrit un bouquin 
Pour dire comment il allait bien 
Tu l'as pas lu ben c'est pas bien 
Essaye d'y mettre un peu du tien .
Allez j'te ressers un coca 
Puis des tartines margarine 
Mais arrête enfin il y a quoi 
Pourquoi tu fais donc cette mine ?
Tu peux pas l'dire j'te croirais pas
Tu me déçois t'as pas confiance 
Tant pis moi j'aime bien le coca
Ca me rappelle mon enfance . 
 

Partager cet article
Repost0

Coucou Nietzsche

Publié le par Opale

Ce qui ne te tue pas te rend...

Renvoie-moi encore cette phrase et je t’é....

T’es qui toi pour savoir ce que je dois ressentir...

Tire-toi si tu crois pouvoir être moi...

Moi je ne le sais même pa...

Papa dis tu le saurais toi...?

Toi t’es qui pour vivre ma vie...

Vivante j’te jure c’est déjà beaucoup...

Coups après coups pris et reçus

Sûrement qu’t’as lu dans un bouquin..

Qu’un mec un jour avait écrit ...

Crie pas si fort le mec est mort

Mort de rire de nous entendre dire

Dire cette phrase à la ...

Combien plus facile à prononcer que son nom .

Non ? 

 

Partager cet article
Repost0

Les vagues

Publié le par Opale

Pendant ma sortie confinée autorisée par moi-même au titre du test de confort des bancs amiénois , j’avais en tête la métaphore des vagues pour mes émotions. 
Puis mon petit cerveau qui depuis qu’il est en thérapie adore faire des liens a vu l’expression " ne pas faire de vagues " le traverser . Ah oui tiens , s’il y a bien une chose qu’on m’a inculquée c’est de ne surtout pas faire de vagues .

Et pourtant , les vagues...elles sont incessantes .

Une belle fleur à admirer ? Une petite vague douce , légère , rafraîchissante...

Un chanteur aimé et envolé ? Une vague intense , à la fois douce et douloureuse , larmorieuse...non ça n’existe pas , je sais .

Un enfant qu’on voit rire en jouant avec ses parents ? Une vague souriante , attendrie , un petit clapotis puis au détour d’un souvenir , d’un manque , d’une comparaison, une vague plus violente , plus sournoise . La laisser passer , accepter...sentir la vague , ne pas oublier de respirer , revenir au clapotis...

Une église depuis mon coeur d’athée ? Des tas de vagues de toutes tailles , face à la beauté , à l’immensité, des années , de l’édifice ...Une vague mystique...et si , et si ils m’entendaient ? Ils au pluriel . Pas un Dieu ni son fils non . Ils : mon père , mon frère , qui eux voyaient bien autre chose que moi dans une église .

Des paroles de chanson dans la tête là sur ce banc ? Chantonner et sentir la vague...en avoir un peu peur...avoir peur des vagues qui ne cessent jamais , peur de l’eau qu’elles font couler sur mes joues sans m’en donner la raison .

Des mots prononcés par une voix de confiance ? Un vague " tsunamesque" qui donne froid , qui emporte , qui fait peur , est-ce la vague qui me noie ou le souvenir d’une autre vague , de tant d’autres vagues qu’il ne fallait pas " faire "...

Face aux vagues , aux vraies vagues , celle de la mer que je ne me lasse pas de voir et entendre avancer et reculer sur les galets , ce sont des dizaines de vagues...se laisser emporter par elles , dans un sourire , dans des larmes , dans un sentiment d’éternité , une vague de 10 secondes de " c’est magnifique " suivie d’un " j’ai tellement mal dedans " puis d’un " je vais y arriver " puis d’un mélange indescriptible de tout cela à la fois .

La clé , ma clé pourrait être d’apprendre à ne pas se laisser noyer par des vagues trop fortes , emporter oui , doucement , avec ou sans aide selon la force des vagues . Noyer non...

Ces derniers jours les vagues sont fortes et violentes , une vraie tempête dans ma tête , encore une fois . Elles se succèdent à une vitesse vertigineuse, à peine le temps de sentir celle qui me dit que ça va aller , que je vais tenir , que je vais flotter , qu’aussitôt, très réellement moins de cinq minutes après , une autre me dit que c’est fini , qu’il est temps de se laisser emporter , pour toujours , se noyer . Le grand huit version maritime ...

Je n’ai pas de certitudes dans la vie je crois , aucune réelle certitude . Mais juste peut-être un conseil : tentez de refuser de " ne pas faire de vagues " . 

 

 

 

Partager cet article
Repost0

L’école , ce refuge confiné .

Publié le par Opale

Précision utile avant de poursuivre : je sais que le harcèlement scolaire existe mais j’ai eu la chance de ne pas le subir et de ne pas y assister , les concernés en parlent mieux que moi . Ici donc l’école refuge .

 

J’y pense . Depuis le jour où ils ont fermé les écoles j’y pense .

Ils ont perdu leur refuge . Tous ces gamins maltraités , que ce soit psychologiquement, physiquement, sexuellement . Tous ces gamins négligés . Ils ont perdu leur refuge .

Ce n’est  pas un scoop ma santé mentale est loin d’être au top . 
Pourtant , d’après les professionnels, vu d’où je viens je m’en sors bien . Et je sais , je suis convaincue que sans ce refuge de ma scolarité , j’aurais pu très gravement dériver .

Un refuge , des repères . 
Ce n’est pas que j’ai eu des instits ou des profs extraordinaires qui ont su me parler et m’écouter non . J’ai eu des profs " normaux" qui étaient ravis d’avoir une bonne élève , calme , polie , souriante , sociable , concentrée , certes trop effacée à leur goût en classe . 
De ce fait je n’avais aucun problème avec eux et c’est une chance qui n’est pas liée à un mérite de ma part mais à un conditionnement à obéir toujours .

La grande majorité de mes souvenirs , en tout cas les bons , c’est l’école .

Je me souviens de la sieste en grande section qui était plus un temps de repos sur un petit tapis , au " réveil " on trouvait parfois une rose en tissu à côté de nous pour avoir été calmes . 
 

Mais surtout l’école c’est mes anniversaires. Et des pique-niques.

Avant mes 7 ans et quelques  mon anniversaire c’était ( je ne m’en souviens pas ) un gâteau avec mes parents , ma sœur et mon frère .

Puis comme je le disais dans l’article d’hier , mon frère puis mon père sont morts et Taré 1er a débarqué , ma soeur , majeure a quitté la maison .

Les anniversaires sont devenus un gâteau avec ma mère et Taré 1er , dans une tristesse ou une peur , ma mère chantonnant bon anniversaire, coupée par lui qui râlait de ne pas entendre la télé . Le tout sans cadeau de sa part à lui .

Alors les anniversaires à l’école c’était le BONHEUR. Ma mère faisait un gâteau , il y avait les copains et copines de classe , on avait des dessins . Vers le CE2 ou CM1 on choisissait quelqu’un de la classe pour préparer avec nous , les parts les assiettes , les gobelets . C’était génial. J’aurais bien poursuivi ça au collège mais bien sûr au collège on ne le fait plus .

Et les pique-niques !!! C’était pour le voyage de fin d’année en primaire et au collège. Pour moi une journée attendue . 
Gens qui faites des pique-niques régulièrement, vous ne réalisez peut-être pas comme c’est génial ! 
Moi avec ma petite salade de riz ou un sandwich et surtout le graal : mon petit paquet de chips , j’étais alors l’enfant la plus heureuse du monde . C’était le seul de l’année pour moi , la seule sortie d’ailleurs .

Aujourd’hui encore si on me fait choisir entre un pique-nique et un resto je prends le pique-nique. Manger dehors c’est mon luxe suprême , tout comme quand chez des amis j’avais l’occasion de petit-déjeuner ou déjeuner en terrasse , quel luxe !!! 
La sortie scolaire donc ( d’une journée , j’ai pas fait de séjour y avait pas ça ou peu ) gros gros potentiel de bonheur donc et " d’oubli" momentané de la peur et la violence qui attendent à la maison .

Plus globalement , c’était du CALME , des adultes qui ne crient pas , pas d’alcool , pas d’interdiction de dormir , pas de mains partout .

Comme tout le monde j’ai détesté des trucs ( le sport , passer au tableau ) mais franchement le reste c’était une bulle de protection même quand je me demandais comment ça se passait pour ma mère qui était rentrée de sa nuit de travail alors qu’il était encore saoûl .

Des adultes sympas , d’autres moins , des originaux qui nous faisaient bien rire .

La récré , les jeux , les copains et copines . 
Les discussions, les bonnes notes malgré un environnement pourri pour bosser , les rires au collège , au lycée , le chemin entre domicile et collège ou lycée fait avec les copines .

Tout cela m’a sauvé la vie . Même si personne n’a su que je venais souvent en classe en ayant pas dormi du tout , ou vers 2 ou 3h du matin . Même si personne n’a su la terreur , les cris , le regard fou et ivre . Même si personne n’a su toutes ces heures sous ses mains .

Ils me retrouvaient avec le sourire , élève " normale " et c’est peut-être cette " normalité " dans ce contexte qui moi m’a sauvée .

Alors je pense à eux , ces petits frères et sœurs de galère qui eux aussi se réfugiaient à l’école et qui désormais sont confinés dans leur silence . 

Partager cet article
Repost0

Mes non-souvenirs ...

Publié le par Opale

J’avais 7 ans et 3 mois . Il avait 23 ans . 

Mon grand frère , après des calculs dans les reins mal soignés , une maladie nosocomiale , des soignants qui ne l’ont pas cru quand il a dit cracher du sang jusqu’à ce qu’il le prouve , est mort d’une embolie pulmonaire après 2 mois de coma .

Je ne me souviens de rien . Je n’avais pas le droit d’aller le voir . Je ne me souvenais pas où j’étais lors de son enterrement , c’est beaucoup plus tard , une fois adulte que j’ai posé la question et que ma mère m’a dit que j’étais avec mon père qui pour raison de santé avait interdiction formelle de s’y rendre .

Mon seul vague souvenir , faire de petits mots à mes parents avec écrit " maman je t’aime , papa je t’aime " quand je les voyais tristes.

Pour moi , pas de larmes , pas de questions . Pas d’explications.

Je n’ai AUCUN souvenir de lui , son visage ne me rappelle rien . Pourtant il venait apparement tous les jours chez nous ( il était marié depuis 2 ans et habitait pas loin ) .

Il avait 23 ans . J’avais 7 ans et 3 mois .

Pourquoi je dis 7 ans et 3 mois ?

Parce que 3 mois plus tard j’ai donc 7 ans et demi . Et lui 86 ans . C’est mon papa . Et il meurt à son tour .
Je vous épargne le pourquoi du comment il avait cet âge et le comment 2 ans après sa mort , Taré 1er bourré m’a révélé que mon papa n’était pas mon père biologique.
Là non plus je ne me souviens de rien . Juste que le jour de son enterrement j’étais gardée chez une copine du quartier , je me souviens du contenu du repas . C’est tout .

Toujours pas de larmes , de questions . Pas d’explications.

Il est resté H24 à la maison depuis ma naissance vu son âge et sa santé mais je n’ai aucun souvenir , son visage sur les photos ne me parle pas non plus . J’ai un très très vague souvenir de jouer sur sa canne sur laquelle il me faisait m’asseoir en la tenant mais c’est vraiment très vague .

J’avais 7 ans et demi . Il avait 86 ans . ( sur la photo ci dessous j’ai pile 4 ans ) .


Pour leur mort à tous les deux on m’a je suppose dit qu’ils étaient partis pour toujours . Je le suppose car peu après leur mort , pendant que ma mère dormait après sa nuit de travail , j’ai " fugué " , j’ai pris mon sac à dos panda et j’y ai mis de l’aspirine , une bande ( médicale ) , une petite bouteille et quelque chose à manger . Puis sur un papier j’ai écrit " je suis partie pour toujours "

J’ai pris mes clés je suis sortie et je ne sais pas si j’ai rencontré la copine qui venait régulièrement dans le square chez sa grand-mère ou si je suis allée chez la grand-mère en question mais c’est là que s’est terminée ma " fugue" . Je me souviens avoir eu peur qu’elle découvre ce qu’il y avait dans mon sac à dos .

Chez nous ma mère s’est réveillée , a lu mon petit mot et a eu la peur de sa vie . Elle m’a vite retrouvée là-bas et l’histoire a été oubliée , pas de questions , ça a fait sourire les gens et même moi pendant des années jusqu’à ce que ça ne fasse pas du tout sourire ma psychologue .

C’est leur histoire , c’est mon histoire , celle d’avant Taré 1er , celle qui malgré 1000 failles fait que ma psychologue pense que j’ai réussi à trouver quelques bases qui m’ont évitée de basculer ensuite car pour elle , avec Taré 1er la psychose me guettait réellement et pas que pour les abus , loin de là .

Dernière photo, j’ai 7 ans et 10 mois .

 Ce sont mes premières vacances depuis mes 1 an . Et mes dernières avant l’âge adulte .

Cette petite fille n’a plus de frère ni de père depuis mars . On est en juillet et déjà elle a commencé à faire connaissance avec Taré 1er qui viendra sur le lieu de vacances ( tout près de chez nous ) pour tenir le chien dont j’avais peur lors du voyage en voiture . Peu après , je ne sais trop quand , un mois ou deux , il viendra vivre chez nous et les bases bancales de la petite fille de la photo se fracasseront sur la folie de cet homme , sa violence et sa perversité .

Partager cet article
Repost0

Grandir en Absurdie

Publié le par Opale

Sur ce blog, se trouve parsemée un peu de sa folie, je vais tenter de rassembler les choses car cette folie revient , encore, tenace . Elle revient parce qu'après des années à lire des tas de témoignages, je n'ai retrouvé Taré 1er nulle part , nulle part en 16 ans . Il y a quelques mois j'ai eu le choc de ma vie, je l'ai retrouvé, c'était lui, une partie de lui en tout cas , en relisant un article hier, je l'ai retrouvé à nouveau, chez la même personne, mais je vais commencer par le début...Cet article sera super mal écrit (si tant est que les autres le soient à peu près bien ) car je vais surtout faire un listing.

Dans sa folie, je n'inclus pas ses moments d'alcoolisation car beaucoup de gens font un peu n'importe quoi sous l'effet de l'alcool . Lui pouvait se mettre à couper les plantes à coup de canif , me faire ranger mon bureau à 3h du matin, m'empêcher d'aller dormir, inonder les toilettes après avoir pissé partout, renverser son vin , faire faire à manger à ma mère à minuit (recette élaborée tant qu'on y est ), mettre la musique à fond , devenir vulgaire, etc (pas abuser de moi puisque ça, c'était uniquement quand il était sobre ) .

Il y a je dirais 3 catégories dans sa folie :

1/ Les mensonges/mythos (à l'affirmatif mais tout est faux )

- il composait pour Clayderman, Rondo Venezziano et Dire Straits, à l'encre au citron pour rendre ça invisible 

- il a dîné avec le prince Rainier car il a choisi la nationalité monégasque et un nouveau nom lors de ses 10 ans de légion étrangère .

- il a sauvé des enfants en Suisse, qui avaient été enlevés , en allant les chercher avec un avion qu'il pilotait

- il a reconstruit un village près de Bayonne et en était le maire

- il avait une entreprise à Bayonne

- il aidait les flics et avait un casier au commissariat, et quand il allait les aider la nuit il me faisait garder par quelqu'un 

- il recevait des messages via papiers glissés dans le rétro cassé de la voiture de ma mère donc il ne fallait pas le faire réparer 

- A la légion il a été blessé et est resté deux ans sur un lit d'hôpital.

- Il ramenait des billets à ma mère et lui demandait l'équivalent en monnaie, pour payer des personnes qui lui donnaient des renseignements . (la demande de monnaie c vrai , le reste.......)

- Il avait repris une entreprise de frigorifiques sur Paris.

- Il pouvait s'il le voulait faire mettre de la drogue chez ma mère et la faire mettre en prison .

- un jour ses copains flics sont venus en hélico se poser dans son jardin (jardin ouvrier )

Tout ça, je l'ai entendu enfant, donc j'ai d'abord cru, puis j'ai grandi, ado je ne croyais plus à grand chose, sauf qu'il soit légionnaire, ça me faisait peur ça m'a terrifiée encore adulte jusqu'à ce que l'enquête dise qu'il n'avait même pas fait l'armée.

Savait-il que tout cela était faux ou y croyait-il ? C'est compliqué, car interrogé en confrontation il a dit "plus c'est gros plus ça passe pour écoeurer les gens " , mais pour autant il n'a pas pu s'empêcher lors de son expertise psy, de dire qu'il avait trouvé une mallette secret défense sur le chemin de sa convocation chez les flics .

Les psys ont parlé de "mythomanie en vue d'un soi grandiose" (à peu près je sais plus le terme exact )

Ma mère a cru tout ça BEAUCOUP plus longtemps que moi . Je la voyais aller acheter du papier à musique pour ses "compositions", ce qui renforçait la folie autour de moi.

Mais ses mensonges c'est pas le plus difficile pour moi.

2/ sa façon de vivre 

- Il était assisté de A à Z par ma mère , il ne travaillait pas, n'avait aucune aide sociale (il voulait pas être assisté, haha la blague ), il n'aidait jamais, il ne donnait pas un centime  , il lui faisait acheter des tas de choses .

- Je ne l'ai jamais vu prendre de douche, jamais vu plus de 5 minutes maximum dans la salle de bains, jamais 

- Je n'ai jamais vu le moindre papier d'identité, on n'a jamais eu le moindre courrier (il est resté 19 ans chez ma mère dont 17 en ma présence )

- Il ne voulait jamais changer de vêtements, ma mère s'engueulait avec lui, ses vêtements étaient dégueus, ses jeans "tenaient tout seuls", beurk .

- Quand son lit a cassé (il ne dormait pas avec ma mère, il ne voulait pas et ne voulait pas de sexualité, il n'y avait même pas de tendresse --> source de disputes qui ont renforcé le sentiment de prendre à ma mère ce qu'elle aurait voulu ) il a dormi par terre plusieurs mois, sur un vieux duvet à même le plancher .

- il passait des heures au jardin ouvrier qu'on louait, par tous les temps

- il n'a jamais mis les pieds chez le médecin en 19 ans, malgré des abcès ou je ne sais quoi l'empêchant de s'asseoir sur lesquels il empilait des essuie-tout, il passait la douleur, idem avec ses rages de dents ou des blessures , des saignements . (ça me donnait l'impression qu'il était immortel ) . Il "soignait" ses diarrhées au ricard...

- S'il mangeait seul (en ma présence mais si moi j'avais mon truc à réchauffer ) c'était la boîte de cassoulet froide, à même la boîte .

- il restait au lit jusque 12/13h , à réfléchir, je m'ennuyais ++++++, j'allais le voir je lui apportais 5/6 cafés ou + dans  une matinée 

- il dormait habillé, pendant des années, puis à un moment il a mis un vieux bas de jogging, et un peu plus tard pas forcément de bas, et ma mère a aperçu en allant lui porter un café, qu'il portait une culotte à elle (je vous jure j'invente rien, j'aimerais bien )

- Il envahissait l'appart de trucs de récup style photocopieuses en morceaux, dans le but de soi disant les réparer, ce qu'il ne faisait pas mais ma mère y croyait encore quand moi je lui disais "ne ramène pas ça maman " . Résultat nous avions une chambre sur 3 pleine de ce bordel, ce qui fait que je dormais avec ma mère jusque mes 18/19 ans , dans un lit superposé .

- Il ne supportait pas le moindre bruit .

Il y a sûrement d'autres choses, que j'ai pu banaliser à force de les vivre...

3/ son étrangeté

C'est dans cela que je ne le retrouvais chez personne (déjà pour le reste mais c'était pas grave ) , c'est en ça que je l'ai retrouvé chez ...Michel Fourniret , il y a quelques mois, puis encore avant-hier . En lisant j'ai eu le vertige j'ai tremblé j'ai eu le sentiment d'être emportée à nouveau par sa folie .

C'est une façon de parler, assez précieuse . Des expressions.

Il disait par exemple "je suis capable du meilleur comme du pire mais dans le pire je suis le meilleur" Ca pose les bases .

Je n'arrive pas à ressortir de choses précises du quotidien avec lui, mais cette étrangeté est ressortie surtout pendant la procédure judiciaire, faisant dire à mon avocate et à la juge d'instruction "on n'a jamais vu ça" 

Pendant son audition de GAV (garde à vue ) , il a "fait de l'humour" alors qu'il était accusé donc de viols sur mineure (moi) , le policier lui a lu mes déclarations , il a dit "si j'ai caressé c'est un bon début " .

Il n'a jamais nié, il a toujours dit ne pas se souvenir, mais sans s'offusquer qu'on lui reproche de tels actes .

Il a tellement dit et répété "je ne sais pas, je ne me souviens pas", que le flic exaspéré a demandé "avez-vous tué quelqu'un monsieur ? " Réponse : je ne sais pas .

En confrontation il a dit "si j'avais su ce que me valait telle invitation, je m'y serais peut-être rendu moins rapidement " 

Quand le flic lui a dit que je déclarais des abus quotidiens il a dit "tous les jours ça m'étonnerait je ne suis pas de nature gourmande à la base " 

A la fin de la confrontation, continuant à dire qu'il ne se souvenait pas et juste avant d'être ramené en cellule de GAV , il a dit au flic "si quelque chose me revient je vous recontacte ? " (Fourniret lui, pendant son procès en 2018 , disant ne pas se souvenir s'est adressé à une avocate partie civile en disant "laissez moi une carte de visite" au cas où il se souviendrait...)

Pendant le procès , quand mon avocate lui a dit "je ne vous entends pas bien " il a répondu "moi non plus on va faire un club" 

Au procès toujours , à mon avocate disant "pouvez vous une fois répondre par oui ou par non ?" il a répondu ceci " je ne peux pas et je vais vous expliquer pourquoi . Quand je me promène je peux croiser des bouches d'égoûts, et je n'y prête pas attention . Mais j'ai un ami qui est tombé dedans, alors parfois j'y fais attention, donc on ne peut pas répondre par oui ou par non " (je vous laisse méditer là dessus...)

En confrontation avec la juge, toujours en mode "je ne me souviens pas" , il a dit "je cherche, je réfléchis, parfois je m'isole et des choses me reviennent..." alors son avocate, la mienne, la juge et moi nous nous attendons à un petit quelque chose enfin, mais..." je me souviens que j'ai oublié de déclarer un trimestre de retraite " .

Voilà . En quoi je le retrouve dans Fourniret ? Cette façon précieuse de parler (Taré 1er est très intelligent et très cultivé, vraiment ) , cette façon de jouer avec la justice, de s'amuser, cette façon de répondre floue, sybilline , ce "je n'en ai pas souvenance " qu'ils ont en commun, c'est comme un univers en fait, je le reconnais, et ça me glace.

C'est ça grandir en Absurdie...il paraît que j'aurais pu tomber dans la psychose s'il était arrivé un peu plus tôt que mes 8 ans, ma psy me l'a dit, je ne sais pas . Je sais juste les ravages, aujourd'hui encore , plus pernicieux encore que ceux de l'inceste .

 

Partager cet article
Repost0

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>